Jeunes créateurs

Entrevues avec les étoiles montantes de la Capitale : mode, cinéma, art, gastronomie, design. Ils font les tendances du moment, découvrez leurs parcours et leurs univers dans des portraits inédits.

Ringardes, les années 1980 ? Longtemps décriée, la décennie des synthétiseurs et des vestes en jean plane plus que jamais sur le design, la musique et la mode. Cinq Parisiens plaident pour sa réhabilitation. SARAH CACOUB (PRETTY BOX) MODEUSE VINTAGE Gaultier, Alaïa, Mugler... Révélés dans les années 1980, ces stylistes ont créé l'allure d'une époque avec des vêtements très épaulés et affinés à la taille. Un style impérissable que l'on retrouve dans la jolie boutique de Sarah Cacoub : pantalons taille haute, vestes cintrées, combinaisons en jean... Rien à voir avec une friperie. Ici, on trouve une collection de pièces uniques, griffées ou non, des années 1900 à 2000. " Je n'ai pas d'époque privilégiée, mais je suis une grande fan des années 1980 ", précise Sarah. De nombreux stylistes partagent en ce moment ce penchant et trouvent dans sa boutique l'inspiration pour créer de nouvelles collections. " Il y a aussi beaucoup de clients qui viennent chercher ici la pièce qui donnera à leur tenue le côté un peu rock de la décennie. " Une touche de liberté qui n'a pas pris une ride. 46, rue de Saintonge, Paris 3e (01 48 04 81 71). légende : Sarah Cacoub propose le meilleur du look des années 1980 dans sa boutique du Marais. AGNES STANDISH-KENTISH (EN ATTENDANT LES BARBARES) DEFRICHEUSE DE TALENT " Tout commence lors de séances intensives de night-clubbing au Palace au début des années 1980. " Agnès Standish-Kentish y rencontre un couple d'artistes designers, Elizabeth Garouste et Mattia Bonetti, qu'elle décide d'éditer. Un pari risqué, le duo va à l'encontre des standards de l'époque : " Les années 1980 étaient très froides, avec une hystérie totale sur le carrelage blanc. Garouste et Bonetti arrivaient avec une optique radicalement différente, ils façonnaient des matières brutes comme le fer forgé, le verre sablé et la feuille d'or. " Mais un pari réussi ! Sa galerie continue d'éditer et de vendre de nombreuses pièces du couple - désormais emblématique de l'époque et dont la cote ne cesse d'augmenter. 35, rue de Grenelle, Paris 7e (01 42 22 65 25, barbares.com). REGIS MISEROLLE (RETROGAME SHOP) L'AMOUR DU JEU (VIDEO) On pousse les portes de la boutique, et c'est un rêve de geek qui se réalise. Des jeux électroniques à cristaux liquides (les ancêtres de la Game Boy !), une Sega Megadrive dans sa boîte d'origine, des figurines de Mario et Zelda, et surtout des milliers de cartouches. " Pour autant, je n'ai pas conçu le magasin comme un musée, précise Régis Miserolle, gérant de ce temple du retrogaming depuis 2005. Nous alimentons notre stock avec des produits venant directement du Japon ou par ce que nous échangent nos clients. L'objectif est de faire connaître l'âge d'or des jeux vidéo au plus grand nombre. " La clientèle ? " Évidemment des trentenaires, qui ont grandi dans les années 1980. Mais je viens de vendre une Super Nintendo à un ado qui n'était pas né à l'époque de la console ! " La preuve que les gros pixels et les sonorités 16 bits ont encore de beaux jours devant eux. 41, rue Basfroi, Paris 11e (01 43 67 10 55, retrogame-shop.com). JACQUES PELLET (ALL ACCESS) DISQUAIRE INCLASSABLE B-52s, Joy Division, etc. Les affiches qui ornent la boutique laissent peu d'ambiguïté sur les goûts du maître des lieux. Cet antre dédié à la culture pop accorde une place primordiale à la musique des années 1980. Posters, beaux livres, objets, vinyles : " Ma carrière a toujours oscillé entre art plastique et musique, raconte Jacques Pellet. J'avais envie de faire vivre toutes mes passions dans un même lieu. " Une vraie mine où l'on trouve des pressages originaux des Talking Heads, de Brian Eno ou encore des artistes qui ont fait vibrer les années Palace comme Alan Vega ou Grace Jones. " Les Eighties ont longtemps été méprisées, parce qu'on n'en retient que les tubes matraqués jusqu'à la nausée. Mais la décennie recèle des pépites et, aujourd'hui, des groupes en recyclent les sonorités si particulières. " 3, rue Brochant, Paris 17e (09 52 16 15 56, all-access.org). DENIS QUELARD (POP IN) BISTROTIER ROCK À deux lettres près, le patron du Pop In avait le même nom que l'un des pionniers du punk français, Denis Quillard alias Jacno. Un nom prédestiné ! Après une courte carrière dans la banque, ce fan de musique ouvre avec deux amis un bar-concert dans le Haut Marais. C'était en 1997. Depuis, le Pop In est devenu une scène majeure du pop rock à Paris. " Un des rares lieux de la capitale où les concerts sont gratuits ", précise Denis Quélard qui y a vu les groupes se former et les modes se succéder. " Pendant longtemps, aucun groupe ne chantait en français. Et depuis deux ans, beaucoup le font en se revendiquant des années 1980. " Il cite Lescop et Fauve. Son bar a été un tremplin pour eux. Il s'en réjouit d'autant plus qu'il a grandi dans l'effervescence de la scène pop hexagonale de l'époque : Niagara, Arnold Turboust... et surtout Étienne Daho (" Un client fidèle ! "). 105, rue Amelot, Paris 11e (01 48 05 56 11, popin.fr). Textes : Frédéric Granier et Amélie Palmas Photos : Pierre-Emmanuel Rastoin
Architectes, entrepreneurs, grand chef... Les défenseurs de l'agriculture urbaine militent pour réinsérer fruits et légumes au cœur de Paris, dont la biodiversité recèle quelques jolies surprises. YANNICK ALLENO (TERROIR PARISIEN) Chef étoilé " Ma cuisine c'est comme ma ville, et ma ville c'est Paris. " Cuisinier star récompensé par trois étoiles au Michelin, Yannick Alléno a su rester fidèle à la capitale. Dans son bistrot de Saint-Germain-des-Près, Le Terroir Parisien, les produits proviennent d'Ile-de-France. " Asperges d'Argenteuil, raisins de Paris, pêches de Montreuil... On applique le " poussé ici, cuisiné ici " ", explique le chef. Même s'il concède que les mentalités doivent évoluer, l'ouverture d'un second Terroir Parisien place de la Bourse montre que les bons produits n'ont pas à parcourir des milliers de kilomètres avant d'atterrir dans nos assiettes. Au menu ? " Saucissons de ris de veau, rillettes de pintade... et surtout jambon de Paris de la maisonLe Guel, le seul à être encore produit ici. " Un comble. 20, rue Saint-Victor, Paris 5e, et 28, place de la Bourse, Paris 2e (bistrot-terroirparisien.fr). Légende: Le chef Yannick Alléno, triple étoilé, prône la qualité des produits d'Ile-de-France. AUGUSTIN ROSENSTIEHL (LABORATOIRE D'URBANISME AGRICOLE) Cultivateur d'idées Chercheur de génie ? Savant fou ? L'architecte Augustin Rosenstiehl imaginait en 2005 une tour " vivante " à Paris, mêlant habitations et serres. Ce projet un brin utopiste décide même le fondateur de l'agence d'architecture SOA à créer, avec Pierre Sartoux, un laboratoire de recherche dédié à l'agriculture urbaine. Après avoir étudié les projets les plus fous - ferme de bananes dans un bâtiment haussmannien, serres associées à un supermarché -, il se recentre sur une approche plus humaine : " La rénovation des quartiers par l'activité agricole, viticole... " Par exemple ? " Des terres cultivées dans les écoles, l'entretien des espaces verts par des moutons... " L'architecte défend un label très personnel : " La haute qualité humaine. " 44, rue Amelot, Paris 11e (lua-paris.com). DAVID JEANNEROT (LES MAUVAISES GRAINES) Plantiste rock Qu'on ne dise surtout pas qu'il est jardinier... David Jeannerot préfère qu'on le qualifie de " plantiste rock ". Dans sa boutique (Les Mauvaises Graines, en référence aux Bad Seeds de Nick Cave), ce fan de bourgeons et de décibels n'a qu'un credo : la nature à Paris, c'est possible ! " Personne ne remet en doute la possibilité de cultiver sur les toits de Brooklyn... À Paris, soyons plus culottés ! " Mais quid de la pollution ? " Regardez les abeilles, elles sont plus résistantes : on n'utilise pas de pesticides et on a une variété de plantes plus importante qu'en campagne. Aux Mauvaises Graines, nous allons planter un potager de 1 000 m2 à Montmartre, et j'ai déjà un jardin où je cultive certaines des plantes que je vends. " Parmi ses best-sellers : des potagers de balcon. Reste à arroser ! 25, rue Custine, Paris 18e (lesmauvaisesgraines.com). VIRGINE DULUCQ (URBAGRI) Agricultrice de demain À 36 ans, Virginie Dulucq est à l'avant-garde de l'agriculture parisienne. " En ville, il y a beaucoup d'espaces perdus qui pourraient être utilisés pour l'apiculture, l'élevage, la viticulture... " Avec sa société UrbAgri, la jeune femme, née dans une famille d'agriculteurs, vise des projets à grande échelle et ça lui réussit plutôt bien ! Elle vient d'être sélectionnée par la ville dans le cadre de l'appel à projets Végétalisation innovantes. Objectif : installer une véritable exploitation sur les toits parisiens avec un potager, un poulailler, une zone de compost, une mare pour récupérer la pluie et alimenter en eau les autres zones. Soit un véritable écosystème en plein Paris. Le lieu n'est pas encore défini mais Virginie Dulucq est optimiste : elle espère planter les premières graines en mars 2014. fr.linkedin.com/in/urbagri COMMENT ÇA SE PASSE AILLEURS ? Paris n'est pas la seule à faire entrer la campagne au cœur de l'urbain. À Lille, des vaches et des poneys sont régulièrement mis à paître dans les jardins de la Citadelle. Pratique pour tondre des parcelles inaccessibles ! Certaines façades de la ville sont même ornées de vignes qui produisent régulièrement du raisin. À l'étranger, les États-Unis sont à la pointe de l'innovation. Les New-Yorkais produisent leur compost à ciel ouvert et, à Detroit, certains ont vu dans l'agriculture urbaine un antidote à la désindustrialisation : aujourd'hui plus de 16 000 résidents seraient investis dans 1 300 jardins. Une manière originale de nourrir les plus démunis et de créer du lien social. Textes: Frédéric Granier et Amélie Palmas; Photos: Alexandre Isard
Associations de textures et subtiles alliances... À l'occasion du salon du Chocolat, portraits de cinq francs-tireurs qui réinventent une fève dont on n'a pas fini de questionner le mystère. PATRICK ROGER L'ARTISTE CHOCOLATIER Dans son atelier de 700 m2 à Sceaux, Patrick Roger fait face à sa lionne de chocolat. " La chocolaterie, une voie de garage ?... J'ai compris qu'avec ce travail j'allais pouvoir m'acheter ma première moto. " C'est en se faisant " redresser les puces " chez Pierre Mauduit, le pâtissier parisien, que ce cancre passionné de vitesse découvre le chocolat... Révélation. Il apprend alors le travail, la rigueur et peut enfin laisser s'exprimer son effervescence artistique qui bouillonne. Trublion amoureux des formes et du vivant, il sculpte sans limites au gré de ses inspirations parfois militantes : " Quand je crée un orang-outang, j'éveille peut-être les consciences sur la disparition de cette espèce... " À l'image de son univers végétal, ses boutiques sont des écrins qui enrobent la chocosphère où habitent ses créations. Quatre boutiques à Paris (patrickroger.com ). NICOLAS BERGER (LE CHOCOLAT ALAIN DUCASSE) L'ARTISAN " Quand je lui ai proposé d'ouvrir une manufacture du chocolat, Alain Ducasse a tout de suite été séduit ! " raconte Nicolas Berger, pâtissier du chef multi-étoilé depuis dix ans. Pendant trois années, les deux hommes travaillent ardemment sur le projet et, depuis février, se dresse à quelques pas de la Bastille, au fond d'une cour, Le Chocolat Alain Ducasse. De la boutique, on aperçoit la fabrique où les ouvriers s'activent, les machines concassent, torréfient et broient les fèves jusqu'à l'obtention d'un liquide de cacao. Nicolas Berger en fait de pures gourmandises : pralinés, ganaches, bouchées, truffes, bonbons, plaques de chocolat, mendiants... Des produits qui ressemblent à ses créateurs, simples et authentiques. 40, rue de la Roquette, Paris 11e (lechocolat-alainducasse.com ). JACQUES GENIN LE FRONDEUR " Le chocolat représente tout ce que je n'ai pas eu quand j'étais petit ! " Jacques Genin est un révolté. Après une enfance difficile, tour à tour apprenti boucher dans les Vosges et vagabond, il ouvre son premier restaurant à 28 ans avant d'intégrer La Maison du Chocolat. Depuis 2008, il dirige sa boutique-salon de thé. " Je me suis décidé quand j'ai découvert cette ancienne roseraie dans le haut Marais. " Au centre, un escalier en colimaçon mène aux cuisines où s'affaire son équipe. Quelques-uns l'accompagnent depuis dix ans, comme Sophie Vidal - " la relève! " - qui accepte la méthode du bonhomme : " Adapter chaque jour les recettes aux produits frais venus de la ferme. " Le résultat est divin. Ganaches, pralinés et, surtout, irrésistibles barres " cahuètes ": mélange de chocolat, praliné, cacahuète et caramel. 133, rue de Turenne, Paris 3e (jacquesgenin.fr ). ARNAUD LARHER LE PROFESSEUR " Ceux qui affirment que la pâtisserie est un métier difficile ne connaissent pas le chocolat ! " Depuis plus de vingt ans, Arnaud Larher, ancien disciple de Pierre Hermé, tente de percer le mystère de la fève brune. " Avec le chocolat, pas de triche possible : c'est une matière vivante, imprévisible. Pour la maîtriser, il faut connaître la source des ses arômes, l'origine de la torréfaction. " Ce passionné s'est d'ailleurs transformé en pédagogue : chacune de ses tablettes s'accompagne d'une explication sur les saveurs et les origines. De quoi séduire les nombreux fans (dont 20 % de Japonais ; une vendeuse bilingue a d'ailleurs été embauchée) qui craquent pour ses mélanges étonnants et ses spécialités comme le bonbon chocolat frisson. Des notes sucrées et un zeste de citron vert du Brésil : un bien beau voyage pour une si petite bouchée... 93, rue de Seine, Paris 6e (arnaud-larher.com ). PIERRE CLUIZEL (UN DIMANCHE A PARIS) L'ENTREPRENEUR Qui a dit que l'on s'ennuyait le dimanche ? Sûrement pas Pierre Cluizel (fils du chocolatier Michel Cluizel). Le créateur du concept-store Un dimanche à Paris, niché au cœur du quartier de l'Odéon, propose un véritable voyage autour de la planète cacao. Du restaurant à la boutique, en passant par le bar lounge, on y découvre les créations que cet ancien élève de HEC a mûrement " brainstormées " avec ses équipes (Quentin Bailly, le champion du monde de pâtisserie, y a fait ses armes). Dans cette " Factory-chic " au décor épuré se côtoient foie gras au chocolat, billes d'épices (baie rose, fenouil, piment d'espelette...), pâtisseries aux textures allégées (dont certaines sans gluten) et l'incontournable chocolat chaud... qu'il sert frappé l'été ! 4-8, cour du Commerce-St-André, Paris 6e (un-dimanche-a-paris.com ). Textes : Mélie Dupier Photos : Frédéric Stucin
Exit la course aux étoiles et aux ingrédients hors de prix relayée à grands coups de communication et de paillettes. Secouée par une génération de jeunes chefs talentueux, Paris vit un puissant printemps gastronomique. Au menu : des tables confidentielles de très haute volée, sous la houlette d'artistes cuisiniers animés du feu sacré. Sacrilège ! Les néo chefs dont tout le monde parle vénèrent de nouveaux totems. Au diable, les journalistes et les inspecteurs du Michelin ! Avec l'avènement de la " bistronomie ", portée par le précurseur Yves Camdeborde à la Régalade, puis par Inaki Aizpitarte au Chateaubriand, les jeunes talents des pianos ont compris qu'ils pouvaient enfin être maîtres chez eux, tout de suite. Issus des brigades les plus prestigieuses et héritiers d'une haute technicité durement acquise, ils osent griller les étapes pour faire la cuisine dont ils rêvent avec l'allure qui leur chante. Tatouages, barbe, mèche et sourcil contrarié : du rebelle, ils ont parfois l'uniforme. La sincérité, toujours. Ils mettent leurs tripes sur la table pour accoucher d'une cuisine d'auteur dépouillée de toute fioriture. Cette quête d'expression dicte leurs choix, à commencer par la taille de leur restaurant, modeste, " dans un lieu avec peu de tables afin d'offrir le meilleur à chaque client ", précise Akrame Benallal. Leur plaisir au quotidien ? Effleurer le produit, créer des associations inédites, surprendre leur hôte et entretenir une relation d'honnêteté totale avec lui. Ce dernier est d'ailleurs invité à partager leur travail et l'ambiance sonore qui va avec dans des architectures où la cuisine ouvre sur la salle. Parfois même, le comptoir est remis au cœur de l'expérience gastronomique, comme chez Pierre Sang, à l'Oberkampf 1. Côté assiette également, il n'y a plus de frontières entre la " haute " et la " basse " cuisine. Issus de petits producteurs, les ingrédients sont rois et de saison, mais jamais snobs : bas morceaux, légumes oubliés et autres trouvailles goûteuses sont sublimés sur le mode perso avant-gardiste. Enfin, le personnel de leurs restaurants est soudé comme une bande. Chacun donne le maximum et " ça se sent en salle ", précise Inaki Aizpitarte. Sven Chartier au Saturne, Bertrand Grébaut au Septime, Cyril Bordarier au Verre Volé, Daniel Rose au Spring, Gregory Marchand au Frenchie ou plus récemment Simone Tondo au Roseval 2... chacun creuse le sillon d'une cuisine d'émotions, " nourrie d'influences internationales ", confie Adeline Grattard, désormais ouverte à des autodidactes talentueux (Bruno Verjus et sa Table, Pierre Jancou et ses Vivant et Vivant Cave). Pourvu qu'ils aient le " goût de l'époque ". K Akrame Benallal Une étoile au Michelin Impossible de se lasser d'Akrame. À chaque service, le menu change et enchaîne de nouvelles créations à la fois touchantes et déroutantes. " Ma cuisine, c'est un bout de moi " : entière, spontanée, la signature Akrame allie sensibilité et envie de faire plaisir, " ingrédient numéro un du métier de chef ". Comme en témoigne le " Chou fleur Oranger " cru et cuit, acidulé et fleuri à la fois, cet enfant d'Oran rejoue parfois la sensorialité de la Méditerranée dans ses mariages de saveurs. Conjuguant haute technicité et sens du goût exacerbé, ses assiettes ne versent jamais dans la performance ou la provocation. Stick d'avocat au citron vert, biscuit parmesan, caviars des champs, papier à l'encre de seiche, anguille fumée. Velouté de potimarron et émulsion de café au lait. Ananas au charbon de bambou en monochrome. Ses associations virent dans le conceptuel en collant au plus près du bonheur de ses hôtes. Sa philosophie : " rendre l'éphémère inoubliable ". Une mission qu'il remplit avec ferveur deux fois par jour rue Lauriston. 19, rue Lauriston, Paris 16e (akrame.com ). ADELINE GRATTARD UNE ETOILE AU MICHELIN CHEVALIER DES ARTS ET DES LETTRES Dites " Yam'tcha ", et les gastronomes parisiens rêvent de délicatesses aux allures asiatiques ! À cette micro table près des Halles, Adeline Grattard redonne ses lettres de noblesse à une Fusion Food tombée en désuétude en défrichant une nouvelle veine de cuisine sous influence... chinoise. À la suite d'un coup de foudre gastronomique durant un long séjour à Hong Kong, elle assouplit la pomme de terre au wok, comme les chefs asiatiques travaillent la mangue verte, approfondit les aubergines vapeur d'une cuillère de haricot noir fermenté, fourre de jambon ibérique ses brioches vapeur d'inspiration cantonaise. Le tout se déguste avec de surprenants accords de thé sous la houlette de l'expert Chi Wah Chan, son charmant mari hongkongais. 4, rue Sauval, Paris 1er (yamtcha.com ). SA RECETTE MINUTE Pintade farcie sous la peau Pour 4 personnes ingrédients • 1 pintade type Miéral • 2 bâtons de citronnelle • 2 échalotes • 2 gousses d'ail • 1 cuillerée à soupe de nuoc-mâm (sauce poisson vietnamienne) • poivre du moulin, sel fin, 2 pincées de sucre - Hâcher citronnelle, échalotes et ail très fin. Mélanger avec le nuoc-mâm, le sel, le poivre et le sucre. - Décoller la peau de la pintade avec les doigts. Commencer par le cou, aller doucement sur les suprêmes et finir par les cuisses. - Introduire la farce avec la main en la répartissant bien. - Mettre la pintade à rôtir à 160°C, environ 45 min. La laisser reposer une demi-heure, découper et réchauffer si besoin. Elle peut se manger tiède avec du riz blanc. 1. PIERRE SANG IN OBERKAMPF : 55, rue Oberkampf, Paris 11e. 2. SATURNE : 17, rue Notre-Dame-des-Victoires, Paris 2e ; SEPTIME : 80, rue de Charonne, Paris 11e ; VERRE VOLE : 67, rue de Lancry, Paris 10e ; SPRING : 6, rue Bailleul, Paris 1er ; FRENCHIE : 5-6, rue du Nil, Paris 2e ; ROSEVAL : 1, rue d'Eupatoria, Paris 20e ; TABLE : 3, rue de Prague, Paris 12e ; VIVANT : 43, rue des Petites-Écuries, Paris 10e. PAR NADIA HAMAM Crédit :credit : © RGA/REA et © Jean-Marc Dupuis/Telekokot.com
Propositions gourmandes, inventives, artistiques, culturelles... Un vent de liberté renouvelle l'esprit des loisirs pour les petits. Dans tous les domaines, la créativité prend le pouvoir ! pour tous les âges* OLIVIER BOULET (PORTRAIT DE FAMILLE) (PAS) SAGE COMME UNE IMAGE Oubliées les poses guindées, terminés les clichés approximatifs qui restent enfouis au fond des tiroirs... Olivier Boulet, photographe, renouvelle l'exercice du portrait de famille. Il pose son regard tendre et aiguisé sur la famille moderne et tourne le dos aux attitudes figées et aux sourires artificiels. Résultat ? Des images drôles, émouvantes, originales, imprimées sur papier d'art, qui captent les moments joyeux avec grâce. Sur ses photos, les enfants ne sont pas immobiles mais naturels et gais. Son secret ? Privilégier le mouvement et laisser libre cours à la fantaisie des petits. La séance photo n'est plus une épreuve pour eux mais devient un instant de partage (et, parfois, de fous rires). Les jeunes mannequins d'un jour ne prennent plus la pose mais s'amusent devant l'objectif. Se déguiser ? Tirer la langue ? Rien n'est interdit. portraitdefamille.com de 6 à 11 ans* PASCALE VERBE (LUKI-ATELIER) L'ART ET LA MANIERE Après avoir travaillé dans la communication, côté création, Pascale Verbe, diplômée des Beaux-Arts, avait la nostalgie des feutres, des crayons, du Scotch... Un retour aux sources qu'elle partage depuis deux ans avec des enfants, au cœur de sa jolie boutique bleue, tout près de la Bastille. Pascale initie aussi les petits à l'histoire artistique : quand on réalise des mobiles, on évoque Calder, en peinture, Matisse. Sous sa houlette, les enfants explorent le vaste monde des loisirs créatifs. Une découverte de supports et de techniques variés qui permet de ne pas se lasser. Sa boutique-atelier se transforme au gré des activités : on peut organiser des anniversaires, le week-end, ou faire l'emplette de jeux éducatifs et de créations originales. 24 bis, rue de Charenton, Paris 12e (luki-atelier.com ). de 6 à 12 ans* JEAN-BAPTISTE THIVEAUD (L'ATELIER DES SENS) POP CHEF L'œil pétillant et le verbe facile, le chef sait transmettre aux enfants son enthousiasme pour le goût. Même les plus réfractaires aux légumes finissent par croquer avec gourmandise dans les carottes ou les courgettes qu'ils ont appris à cuisiner. À l'Atelier, on découvre les bases de la cuisine et de la pâtisserie avec sérieux... avant de laisser libre cours à son inventivité. Une classique génoise devient un cake design, élégant comme un bijou, ou un pop cake aux couleurs flashy. Les chefs en herbe apprennent aussi les fruits de saisons : le chou au chocolat pour l'hiver, les saveurs fruitées pour l'été. Les petits s'initient en outre à l'ambiance si particulière d'une cuisine : partage, transmission, entraide. Et quand ils ont terminé leur plat, c'est avec fierté qu'ils scandent le cri de tout bon cuisinier : " Chaud devant ! " atelier-des-sens.com à partir de 3 ans* DOROTHEE MONESTIER ET GABRIELLA TOSCAN DU PLANTIER (MY LITTLE DAY) JOYEUX ANNIVERSAIRE ! Organiser un anniversaire en quelques clics ? Simplissime avec la boutique en ligne créée par deux Parisiennes, Dorothée Monestier et Gabriella Toscan du Plantier. Princesses, pirates, dinosaures, carnaval ou " tout rose ", les thèmes se déclinent comme autant d'univers enfantins, alliant harmonie des couleurs et originalité des inspirations. On choisit son kit de sets de table, vaisselle, éléments de déco, déguisement... On opte pour les bonbons " hamburger " et les vrais roudoudous. On hésite entre le kit " Alice au pays des merveilles " et " Blanche-Neige ", très loin des images toutes faites. Et l'on peut aussi trouver les mini cadeaux pour les invités (bracelets, puzzle, pochette surprise...). Et, les indispensables jeux et ateliers pour amuser les enfants (canards pour la pêche à la ligne, chamboule-tout, jeux d'adresse ou sculptures de ballons). mylittleday.fr de 5 à 9 ans (selon les parcours)* BRUNO GOLDMAN (PARIS D'ENFANTS) LES MYSTERES DE PARIS Le patrimoine à hauteur d'enfants. Cet ambitieux projet a été conçu par Sophie Houssaye et Bruno Goldman, qui souhaitaient leur raconter les musées et les rues de Paris. Enseignants, mais aussi guide et journaliste, Sophie et Bruno ont réussi leur pari(s). Aujourd'hui, l'association propose plus de cinquante parcours et activités. La visite au Louvre " Voyage au temps des pharaons " remporte un franc succès, ainsi que le " Rallye des Tuileries ", qui mêle la découverte d'œuvres contemporaines et de statues classiques, ou encore les " Aventures à Montmartre ", un voyage artistique avec jeu de piste. Actifs dans leur démarche, les plus jeunes apprennent à poser un regard neuf sur leur ville. 169, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris 9e (01 48 74 92 80, parisdenfants.com ). Textes : Julie Thamin Photos : Frédéric Stucin
La jeune garde de la mode hexagonale est partie à l'assaut du marché international. Itinéraires, sans ratés, de quatre griffes et portraits de leurs talentueux créateurs. ISABEL MARANT " Ma marque s'est développée petit à petit sans fard ni excès. Par choix, j'ai décidé de construire ma maison de façon à garder une entière liberté et intégrité ", affirme la créatrice. Née en 1990, sa marque défile pour la première fois à Paris cinq ans plus tard. Adulée par les trentenaires, chouchoutée par la presse, Isabel Marant a su exporter dans le monde l'image d'une mode parisienne chic, ni trop bobo ni trop vintage, casual mais parfaitement signée et identifiable. Une vraie griffe, restée indépendante et qui connaît depuis quelques années une croissance fameuse lui permettant d'ouvrir des boutiques en propre (en plus des points de vente multimarques) à New York, Los Angeles, Tokyo, Hong Kong, Séoul, etc. CARVEN La maison ouverte en 1945 a connu plusieurs vies. Sa fondatrice, Carmen de Tommaso, avait imaginé une mode fraîche dont l'emblème reste une robe de coton vert et blanc, baptisée Ma Griffe. Après bien des péripéties, la maison se consacre désormais au prêt-à-porter sous la houlette d'une étoile montante, Guillaume Henry. En trois ans à peine, le jeune homme a réinterprété l'essence de la marque et séduit la presse et les clientes. Une première boutique rouvre à Paris en 2011, en même temps que la marque retourne sur les podiums de la fashion week parisienne. Et la belle histoire continue avec le lancement d'un parfum et de prêt-à-porter masculin. MAJE Née en 1998, de l'imagination de Judith Milgrom, la marque propose une mode haut de gamme calibrée pour séduire une génération bercée par H&M et qui rêve de podiums. La formule accroche immédiatement et les ouvertures de boutiques s'enchaînent. Bon sang ne sachant mentir, Maje est en fait une histoire de famille, la sœur de Judith ayant fondé neuf ans plus tôt la marque Sandro. Elles sont aujourd'hui réunies dans le groupe SMCP (qui compte aussi Claudie Pierlot), détenu en partie de 2010 à juin 2013 par L Capital, de Bernard Arnault, avant le rachat par un fonds d'investissement américain. Une success story made in France. JEROME DREYFUSS En 1998, ce grand garçon tout simple présente une collection, Couture à porter, qui lui vaut d'être nommé Créateur de l'année, et dessine, dans la foulée, des costumes pour Michael Jackson. En 2002, il lance les sacs Roots de luxe. Sa formule magique ? Formes souples, cuirs doux, prénom de garçon pour chaque sac et qualité irréprochable, respectueuse, en prime, de l'environnement. Adoptés par les stars, ses sacs deviennent des standards. En 2010, après Paris, il ouvre sa première boutique à New York, et s'est depuis attaqué aux blousons, aux accessoires pour homme et, cette saison, aux souliers. Crédits: © Gilles Bassignac.JDD/Abaca; © Donato Sardella/Wireimage ; Vincent Lappartient/Madame Figaro
Stars du design, les frères bretons exposent quinze ans de création au musée des Arts décoratifs. Jean-Jacques Aillagon, président du musée, nous guide.Quelle a été votre première impression en pénétrant dans l'exposition ? On est frappé par le choix qu'ont fait les designers d'investir l'espace tout entier. Ils ont créé une œuvre dans cette immense nef qui dégage une impression romane par la pureté du dessin, la blancheur de la voûte, la qualité de lumière. Dans cette nef, ils ont choisi de présenter leurs propositions de cloisons comme Algue, cette paroi arachnéenne composée de petits éléments qui s'emboîtent de façon aléatoire les uns avec les autres. Sur le sol, Textile Field est une invitation à se coucher pour pouvoir contempler cette voûte Bouroullec. Cette installation a été conçue au départ pour le Victoria and Albert Museum à Londres, l'autre grand musée des Arts décoratifs européen.Quelle est la création à laquelle vous êtes le plus sensible ? C'est un grand plaisir, arrivant à la tête du musée des Arts décoratifs, d'accompagner les Bouroullec car je les avais invités [en 2011] à concevoir un lustre pour l'escalier Gabriel du château de Versailles qui sera installé à l'automne prochain. Ils exposent d'ailleurs des dessins de ce lustre constitué de milliers de coupelles de verre ajustées les unes avec les autres sur huit mètres de haut.Quelle est la place de ces deux designers français sur la scène mondiale ? Ces créateurs jouissent d'une très belle reconnaissance internationale. Ils ont bénéficié de grandes expositions à l'étranger, notamment à Los Angeles et Chicago. Exposition Ronan & Erwan Bouroullec, Momentané, vues de l'installation dans la nef du musée des Arts décoratifs. Crédit : © Picon & Picon , Studio Bouroullec Dossier réalisé par Hortense Meltz
Ils sont les francs-tireurs de la parfumerie alternative, ceux qui osent des jus libérés des contraintes de la production en masse. Invitation au voyage dans un monde de senteurs affranchies. FRANÇOIS HENIN (JOVOY) AMBASSADEUR DES NOUVEAUX TALENTS Le parfum n'est pas mort. Vive le parfum ! S'il salue l'héritage des grandes marques, François Hénin juge que " les Chanel de demain sont aujourd'hui des gladiateurs sans arène ". Quand il reprend Jovoy, une vénérable maison tombée dans l'oubli, il en fait la vitrine de parfums rares : tantôt précieux par leur histoire, à l'exemple de ceux de la maison Rancé aux fragrances d'Empire, tantôt avant-gardistes, tels ceux des designers Masakï Matsushïma ou Clive Christian. Dans la fameuse arène de ses rêves s'expriment parfumeurs ou entrepreneurs, parfois les deux, au sein de maisons à taille humaine. Identités fortes et actuelles, matières nobles et naturelles... l'univers magique de la haute parfumerie est revisité pour un public d'initiés désireux de trouver son visage olfactif.4, rue de Castiglione, Paris 1er (01 40 20 06 19, jovoyparis.com ).SYLVIE GANTER (ATELIER COLOGNE) ABSOLUMENT COLOGNE Leur passion de l'eau de Cologne les a réunis, dans le travail comme dans la vie. Sylvie Ganter et Christophe Cervasel vénèrent la fraîcheur revigorante des constructions olfactives autour des agrumes. Seule faiblesse de ces hespéridés : ils s'évaporent en un clin d'œil. Le couple met alors au point de révolutionnaires Colognes Absolues. Plus concentrées, elles procurent la sensation " agrume " tout en distillant des notes de fond plus denses. Bois, fève tonka, vanille, résine... des essences nobles qui donnent du corps et restent sur la peau jusqu'au crépuscule. L'univers de la Cologne s'ouvre en prime à de nouvelles palettes aromatiques : Grand Neroli, Bois Blond, Trèfle Pur... autant de senteurs mixtes à partager en couple ou en famille. 8, rue Saint-Florentin, Paris 1er (01 42 60 00 31, ateliercologne.com).NICOLAS CLOUTIER (NOSE) LES EXPERTS C'est probablement le concept store de parfums en passe d'être le plus copié au monde. Fondé par Nicolas Cloutier, ex-consultant, Marc Buxton, nez anglais, et Romano Ricci, créateur de fragrances, le lieu dresse un panorama complet des jus alternatifs les plus prisés du moment. Il inaugure surtout un diagnostic breveté qui permet de dessiner votre " profil olfactif " et de proposer, grâce à la magie de l'algorithme, un panel des créations les plus en phase avec votre sensibilité. Une " technologie de recommandation de parfum " révolutionnaire que s'arrachent déjà les grands magasins européens. En attendant l'ouverture des vingt boutiques Nose aux quatre coins de la planète, ceux qui n'ont pas la chance de vivre à Paris peuvent commander leur kit de diagnostic sur Internet ! 20, rue Bachaumont, Paris 2e (01 40 26 46 03, nose.fr).DAVID FROSSART (LIQUIDES) BAR A PARFUMS EXCLUSIFS C'est l'histoire d'une rencontre. Celle de David Frossard, à la tête de Différentes Latitudes, un label de parfumeurs indépendants, et de Philippe Di Méo, designer tombé dans le monde merveilleux des senteurs. Leur bébé : un bar à parfums, ouvert fin avril dans une échoppe à la dérobée. Les deux acolytes y projettent leur vision alternative autour d'un somptueux comptoir. En laiton artisanal, la pièce de mobilier vous sépare des créations olfactives glorifiées sur des étagères écrins. Pas question de faire joujou avec ces Précieuses. Entre vous et elles, le parfume tender, en maître de cérémonie, apprend à vous connaître et vous propose quelques créateurs inspirés. Une quinzaine au total, pas plus. Et la ligne singulière de Philippe Di Méo, Liquides. Collectionneurs d'essences et autres guetteurs d'expériences s'y bousculent déjà. 9, rue de Normandie, Paris 3e (09 66 94 77 06).ETIENNE DE SWARDT (ETAT LIBRE D'ORANGE) NEZ INCORRUPTIBLES Cet homme est dangereux. Subversive, sa petite maison indépendante, qu'il décrit comme " la marque la plus sincère de l'industrie ", l'est tout autant. Étienne de Swardt y cultive des associations olfactives déroutantes, mises au point par de grands nez de l'industrie. En " parolier du parfum ", ce littéraire contrarié livre des poèmes autour desquels les architectes de l'odeur donnent le meilleur de leur talent. Un seul dogme : mettre 50 % de l'investissement financier dans la formule, traduisez dans les matières premières plutôt que dans la communication. Résultat : des parfums addictifs, à grande puissance émotionnelle, adoptés par des grands de ce monde. Vierges et Toreros, Jasmin et Cigarettes, Antihéros : au total, 27 créations débridées, borderline. En phase avec l'existentialisme parisien. 69, rue des Archives, Paris 3e (01 42 78 30 09, etatlibredorange.com).Textes : Nadia Hamam Photos : Frédéric Stucin
La mode du food truck n'en finit pas de séduire. À bord de leurs camionnettes relookées, les nouvelles idoles de la cuisine de rue version gourmet écument la capitale. Cinq musts du moment... à pister sur les réseaux sociaux. GLAZED (GLACES-GLAZED.COM ) ROCK'N ROLL ICE CREAM Amoureux de saveurs classiques et régressives, attendez de goûter avant de juger. Henri Guittet, la trentaine, lâche son job de consultant en stratégie pour donner un grand coup de frais à la galaxie " ice cream ". Résultat : en 2012, naissance de la marque de glaces Glazed et sa collection de parfums décomplexés : Mojito de Tokyo (rhum, citron, menthe), Smoke On the Water (vanille de Madagascar et chanvre bio), Black Sugar Sex Magic (chocolat noir, wasabi et gingembre)... Une puissance aromatique et une irrévérence des associations à découvrir au gré des passages de son " Cream Truck ". Ou à retirer dans quelques magiques points relais, comme le magasin Colette (213, rue Saint-Honoré, Paris 1er), Wanderlust (le restaurant de la Cité de la mode et du design : 32, quai d'Austerlitz, Paris 13e) et autres lieux pointus de la capitale. CANTINE CALIFORNIA (CANTINECALIFORNIA.COM) LE GOUT DE SAN FRANCISCO Un an déjà que l'Américain-Canadien Jordan Feilders balade sa décontraction branchée entre les marchés Raspail et Saint-Honoré. Autour du camion, les initiés s'imprègnent de son flegme très San Francisco, respirant d'alléchantes effluves, bercés par les accents américains qui fusent des gars de l'équipe. Ça s'active, avec beaucoup d'inspiration, et ça propose à la chaîne le meilleur de la tradition gourmande des Amériques. Burgers authentiques, tacos maison et autres plats inspirés de la Basse-Californie sont mitonnés avec des ingrédients principalement issus de fermes de Rhône-Alpes, des Pays de la Loire ou du Poitou. Et 100 % certifiés bio. Écolo jusqu'au bout des roues, le camion recycle même son huile de friture en biodiesel. EL CARRITO (CLASICO-ARGENTINO.COM) LA TOUCHE LATINO Il court, il court, le petit camion argentin et, derrière lui, sa foule d'aficionados friands d'empanadas fondantes et d'ambiance festive made in Buenos Aires. La carriole bleue est signée par le tandem Enrique Zanoni et Gaston Stivelmaher, les deux Argentins déjà coupables des excellents restaurants Clasico Argentino. Au menu : de succulents chaussons fourrés de bœuf, épinard, maïs, saucisse, thon ou poulet. Le secret du succès : une pâte ultrafine, millimétrée. Et un dessert de là-bas, le dulce de leche. À se damner. Du coup, les belles adresses se l'arrachent. En 2012, El Carrito a enchaîné Grande Épicerie du Bon Marché, le concept store Merci, Paris Design Week et consorts. Rien de moins. Un autre lieu tendance serait déjà prêt à l'accueillir dans le courant de l'été. LE REFECTOIRE (LE-REFECTOIRE.COM) MY FRENCHIE VALENTINE Noms de code : Riri, Bibi, Larry ou Fifi... Oui, il s'agit bien de burgers mais à la française ! Valentine Davase, 25 ans, les prépare avec des bons buns frais de chez Rachel (l'américaine papesse du cheese-cake qui fournit désormais aussi les restaurants en petits pains à burger), du cantal, du comté, de la salade et du steak haché. Le tout acheté chaque matin sur le marché qui accueille son camion itinérant. Du 100 % local, donc, assaisonné avec un ketchup fait maison et de la fleur de sel. Parfois, au menu, une côte de bœuf bien bleu-blanc-rouge, ou des desserts plus locaux comme le riz au lait à la cannelle et noix de pécan caramélisées, fondant au chocolat. Une cuisine d'exception, que l'on pourra découvrir aussi en novembre prochain dans un restaurant permanent. Gageons que cette nouvelle adresse ne freinera pas l'ascension de cette chef pleine d'avenir. LE CAMION QUI FUME (LECAMIONQUIFUME.COM) LE BURGER SUPERSTAR La première à avoir posé son camion dans la capitale, c'est elle. Débarquée de Los Angeles en 2009, Kristin Frederick décroche le diplôme de la prestigieuse école de cuisine Ferrandi et fait ses classes chez Apicius. La touche gastro de ses créations attire à chaque service une bonne centaine de fans prêts à attendre deux heures pour mordre dans l'un de ses burgers d'exception. Viande de bœuf hachée maison ou porc braisé cuit lentement à la bière, champignons sauvages, oignons caramélisés, cheddar véritable, sauce au porto... Textures et saveurs garanties. Après un livre de recettes, la star du mouvement s'offre un second camion, et un premier espace " en dur ", sur le mode du Delicatessen (Deli) new-yorkais. Par ici le vrai pastrami et les délicieux sandwichs chauds... Textes : Nadia Hamam, Photos : Éric Garault